Le Sériographe industriel

le signifiant fr. série (n.f.) et ses petits délires
 
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 Mon poème

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Théagène
seriinii


Nombre de messages: 251
série topographique: bridée
Date d'inscription: 16/09/2005

MessageSujet: Mon poème   Lun 17 Nov - 14:15

Va-t’en, mon poème ! Fuis-moi ! Emporte avec toi le sang de mes mots offerts, la douleur de mes rimes étriquées, mon passé dissolu dans les flaques de mes belles phrases, mes rêves dérisoires et mon ambition de pauvre fou. Pars ! Pars sans un regard, sans un égard.
Je ne suis pas ton géniteur ! Tu existais bien avant moi, mon poème, plus jeune, plus beau. Et tu t’es déjà lové dans les salons douillets, auprès de femmes séduisantes que tu as soumises, par la bouche de prétendants hardis. Pars ! Rejoins tes frères ! Rattrape leur ruisseau et leur jeunesse ! Cours inonder les champs de vertes pousses, libres, heureuses, volontaires (je suis tellement présomptueux d’avoir espéré te garder auprès de moi !). Inonde leurs pieds de ta fraîcheur, de ton charme rieur, exalté, de ta faconde, ta candeur, ta grâce. Car tu es comme un soleil de mai, puissant, frondeur, invincible.
Va, mon poème, darder le cœur des hommes de tes rayons amers. Qu’ils se saoulent de tes beautés, t’attrapent et t’enferment à double-tour dans des coffres de bois, des cahiers ! Qu’ils te placardent aux quatre murs et te vendent comme esclave ! Qu’ils te couchent dans leurs lits de soie ! Qu’ils t’emmènent au bout du monde à travers leurs écrans saturés ! Va ! Cours ! Voyage ! aime ! Ris ! Pleure ! Meurs ! Et renais sous de nouveaux cieux, de nouveaux yeux, de jeunes bouches malhabiles !
Puis, lorsque tu seras las de ta liberté, repu par tant de festins macérés de confusion, de haine, de tromperie, de lâcheté et de luxure. Lorsque tu te sentiras perdu dans des mains hostiles, détesté de tous, lorsque tes rêves se seront déchirés sur des rochers un soir de tempête, reviens à moi, Ô mon poème !
Je ne jugerai pas ta débauche, non ! Je t ‘accueillerai comme un fils prodigue et convierai mes amis. Et nous festoierons. Nous nous souviendrons alors de nos joies passées et nos larmes se mélangeront à nos rires. Je serai le plus heureux des hommes ! Car tu étais mort, mon poème, et tu es revenu à la vie !


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http://chansonnier.over-blog.com/

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"Brillante étoile, que n'ai-je ta constance?" J.KEATS
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