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C'était un temps de tendresse que sécrétait l'espace
la température était d'une tiédeur de corps
la ville avait l'aspect d'une couverture
si j'ai bien compris
il n'y a plus ce temps mais des heures
passent qui te rappellent
et puis qui
m'ensommeillent
J'ai un sommeil d'acier : il dort sous une nuit défigurée
cette nuit inutile semble trouée d'éveils stupides
je regarde l'horloge : parfois je lui parle
"Est-ce toi qui a troué la nuit ?"
mais l'aiguille de l'horloge est intacte
et les trous de la nuit ne sont pas des blessures
pas avant
qu'ils n'atteignent mon corps
Percé de nuit
par les crocs d'une couverture complice
de tous les sacrifices
qui justifient toutes sortes de cannibalisme
je roule et je déroule la peau de mon ventre
comme un drap doublé de sueur
mais le moteur de ma cervelle
résorbera ce drame composé d'incidents latéraux
les incidences de la nuit m'ennuient
je préfère donc me rendormir
Tonne de nuit, tu as parlé
j'ai perdu mon pari
et tu m'as asphyxié
quand je tentais de t'endiguer
tonne de nuit, tu as noyé le jour
quand je prenais le bus
je le prenais pour t'écraser, croyant
que le chauffeur du bus habitué à ma présence
serait mon allié
mais contre toi personne
ne pouvait s'allier à moi
Je t'ai mise dans un sac
j'ai mis le sac sur mon épaule
je t'ai portée au lac ou au canal
j'ai demandé de l'aide à un bras d'eau
mon torse était de feu
je me suis regardé rentrer dans un miroir
avec mes yeux et mes cheveux de fou
j'ai ri - en creusant - une pelle
était mon escalier - parcelle
de chair et de chaos
Souviendra-t-on demain qu'il y a eu
(et c'est très peu) un mort par nuit
durant toutes ces nuits
et qui
souviendra-t-in cela ? Mais quel fardeau
pour un cadeau ! Voudriez-vous
une tête congestionnée tranchée et présentée
dans une bassine de plastique
pour cadeau ? Tout ce qu'elle pèse
c'est la nuit qui l'alourdit
La nuit est un champ de massacre
où je cultive des têtes de mort
mon arrosoir est percé comme il faut
il pisse le sang (c'est ce qu'il faut)
mais le sol est malade, comprenez
il me renvoie de l'eau
et je baigne dans la sueur
à cause des têtes de mort qui me parlent d'effroi
et de beffroi
ma pioche n'a plus de manche
et de mon arrosoir qui pisse le sang
je creuse la terre
pour y enfouir la nuit
La nuit éveille mes morts
mes nuits sont plus nombreuses dès lors
et la pas de la porte s'est mis à craquer
sous la pression de ces nuits excessives
ma main sur la poignée
aurait dû la briser
mais ce n'était qu'un rêve – il pesait une tonne
les couvertures me rendormaient
et certains disent
que les morts rêvent mal ?
Mes nuits sont précédées de visites trouées
que déblatèrent
des spécialistes de tous ordres
inopportuns, spécialement incompétents
que les taise la nuit
Sous ton poids craquelé
j'ai espéré comme on aspire
quand on est incapable d'expirer
mais j'ai tenu le coup
entre tes doigts comme des grilles
dont la fonction était assurément
de me clouer le bec
mon corps horizontal se gondolait
je m'enivrais de mon sang fermenté
et j'espérais encore
abreuver ceux qui me restaient
entre les ombres – les barreaux
les quelques tonnes de poussière de nuit
mais j'espérais bien mal
fort mal et incapable
de tenir ce qu'on appelle la respiration
Respire, aspire
ce qui appelle, épelle
le nom de la nuit
qui pèse et qui te pèse
sur un petit chariot
on te promène
c'est pour te parer de plus beaux habits
que ceux que t'a offerts la nuit
qund n'eus plus, roi nu,
assez de souffle pour chanter
on te malmène
et quelqu'un te dégomme
ou quelque chose – on te trimballe
de brouette en brouette
avec tes habits souillés et rouillés
pour un trafic invraisemblable
Tonne de nuit
tenue de descente de lit
tais-toi donc, tais-toi
tu ne sais pas ce que tu dis
à la
nuit ronde et aux éclats
d'obus qui devraient te
défigurer
puis au matin, oui
buvons au matin à pas d'heure
mais l'aigre goût de
sang coagulé et fermenté
achève de se répandre
dans ta gorge malmenée
gorgée
d'une petit tonne de nuit
Moi, je déclare
qu'on n'avait jamais vu cela
et je m'explique
ou je
t'explique
ou je
voudrais te dire
ou te
répondre encore, encore
on n'avait jamais vu cela
de mémoire de nuit
jamais – et je parle à un cercle
qu'on n'a jamais vu auparavant
jamais un tel segment de
soir jamais un cercle
comme une pleine lune
pareille à toi et
absentée comme toi
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Conduis-moi, mon amour