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Notes pour une archéologie du signifiant fr série


    Synthèse des structures sérielles

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    Synthèse des structures sérielles

    Message  Irpli le Ven 5 Aoû 2005 - 2:53

    Ceci n'est que l'amorce d'une synthèse des techniques sérielles strictes ou dérivées dans les diverses expériences poétiques que je vous inflige :



    Structure 1 * Avec l'arc noir

    - arc > arche > marche
    - arc > barque > sarbacane
    - arc > archure > archerie
    - arc > car > cage

    Dérivations de l'arc : les archers, les arcades, l'architecture, l'arc-réflexe...

    * (Notion de "matrice")


    Structure 2 * Joe Dalle

    * Bande dessinée et poésie
    * Une expérience de la "série" au sens médiatique
    * Séquences autonomes / éléments réccurrents


    Structure 3 * Rien / Un train

    Poésie "élémentaire" : décomposition d'éléments en nombre limité


    Structure 4 * Arbre fois falaise

    * Métaphore sérielle : abolition du "comparant" et "comparé" au profit des "séries croisées"

    Structure 5 * Le Sens des réalités

    * Renversement narratif : une histoire qui se déploie à travers une série de personnages
    * Irrésolution du récit
    * Formes de glissements et de ruptures

    Gilles
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    Re: Synthèse des structures sérielles

    Message  Gilles le Ven 5 Aoû 2005 - 3:34

    pascal a écrit:Ceci n'est que l'amorce d'une synthèse des techniques sérielles strictes ou dérivées dans les diverses expériences poétiques que je vous inflige […]
    "Inflige" est exagéré. Mais je suis content de voir cette synthèse, je lirai tes poèmes avec plus de plaisir.
     
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    Re: Synthèse des structures sérielles

    Message  Irpli le Ven 5 Aoû 2005 - 11:50

    Merci Gilles. "Infliger" est exagéré, certes, mais je n'ai pas encore trouvé le moyen d'obliger le candidat à l'inscription sur le sériographe à lire tous mes textes avant de pouvoir remplir le formulaire.

    Gilles
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    Re: Synthèse des structures sérielles

    Message  Gilles le Ven 5 Aoû 2005 - 14:05

    pascal a écrit:[…] je n'ai pas encore trouvé le moyen d'obliger le candidat à l'inscription sur le sériographe à lire tous mes textes avant de pouvoir remplir le formulaire.
    Facile ! Tu lui demandes d'écrire un résumé de chaque texte et de te l'envoyer par courrier électrique, avant de valider son inscription. Dans ce cas, ce serait bien de lui indiquer où se trouve chaque texte et le titre, cependant. Pour les textes impossible à résumer, une petite note appréciative suffirait.
     
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    Re: Synthèse des structures sérielles

    Message  Irpli le Sam 6 Aoû 2005 - 3:07

    Oui, c'est un système intéressant, mais qui me donnerait du travail... De toute façon, l'avantage de la lecture, c'est qu'on peut l'arrêter (alors qu'au concert, il peut être mal vu d'arrêter l'orchestre qui nous irrite...)

    *


    L'intérêt de "Penser la musique aujourd'hui", l'ouvrage doctrinaire du sérialisme boulézien, réside dans les saillies du texte qui organise de façon très hiérarchique et même cartésienne les différents plans du "fait sonore", mais qui n'évite aucunement les échappées des catégories définies.

    Sur le plan des hauteurs, il montre comment générer, à partie d'une série simple, des "complexes de complexer" qui vont se constituer en familles ; la multiplication des procédures de dérivation rend très "mobile" l'invention sérielle. On n'est plus dans l'ordre fixe des douze tons, la série devient le "germe" de forme en perpétuelle transformation.

    Sur le plan des durées, l'ordre sériel change de structure car on ne perçoit pas la durée comme la hauteur. La question de la durée amène Boulez à penser l'enveloppe - le tempo pour ce qui l'intéresse. L'enveloppe est le champ qui surdétermine tout établissement de "série" en la matière. Mais la réponse qui consiste à établir une série de n durées analogue aux hauteurs est insuffisante : le sérialisme envisage là encore la constitution de blocs de durée par des procédures de dérivation, permettant la plus grande souplesse de composition.

    Ainsi, chacun des phénomènes est-il envisagé selon les propriétés acoustiques qu'il recèle. Au chapître du temps et de son enveloppe, le compositeur définit deux types de temps : "temps lisse", non pulsé ; "temps strié" et pulsé. Le temps lisse, il l'explorera notamment dans Pli selon pli dont un passage ne connaît plus de valeur métronomique, mais seulement le temps de résonnance de chaque instrument.
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    Re: Synthèse des structures sérielles

    Message  Irpli le Sam 6 Aoû 2005 - 3:18

    Pourquoi évoquer ici le texte de Boulez ? Il a été la base de toutes les recherches dont je viens de donner quelques axes. Il a permis une généralisation du principe sériel à un ordre totalement différent de la musique, qui est celui du langage et de la poésie.

    C'est que le compositeur n'est lui-même pas avare en métaphores et montre à sa façon que la racine de la métaphore, c'est l'abstraction. Car l'abstraction permet la généralisation, et la transposition d'un ordre à un autre. Boulez emprunte des éléments à la théorie des ensembles, mais aussi à l'approche structuraliste de ses contemporains.

    Le système général sériel est aussi une épopée, le récit d'une conquète, celui de l'espace sonore. Le ton est parfois proche de la conquête de l'espace tout court ! L'image de la série est pour ainsi dire expansionniste, conquérante : c'est la "série généralisée", le "système général sériel", l'organisation de "structures sérielles" et d'objets dérivés sériellement. La profusion de "série" et de ses dérivés dans ce texte est merveilleuse à observer.
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    Re: Synthèse des structures sérielles

    Message  Irpli le Sam 6 Aoû 2005 - 4:17

    Phonologie

    l'ordre d'intégration : homophonie (et jeu de mots) ; rime ; paronomase ; allitération et assonance.

    Dans l'homophonie l'intégration est maximale : ce sont aux limites du genre les vers holorimes : « Gal, amant de la Reine... »
    Dans la rime la parenté est évidente, marquée. Certaines rimes sont fameuses : « amour, toujours », « astre / désastre ». Le premier cas produit un rapprochement, le second une antithèse. Mais globalement, l'effet de la rime reste mal connu.
    La paronomase soulève de grandes discussions et avec l'allitération, c'est le point le plus discuté quant à sa valeur propre dans le poème. La parenté de deux mots peut être plus ou moins évidente ; les deux mots plus ou moins rapprochés. Une grande part de cette activité échappe à l'attention consciente de l'auteur. Pourtant il la travaille, c'est certain.
    Pour l'allitération, la question est plus complexe encore selon l'étendue de la chaîne qu'on veut décrire : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes » est un cas éclatants, mais jusqu'où l'effet allitératif intervient-il ? C'est le secret des 36 phonèmes du français (mais aussi, bien sûr, de tous les phonèmes du monde !)
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    Re: Synthèse des structures sérielles

    Message  Irpli le Sam 6 Aoû 2005 - 4:18

    Avec l'arc noir relève d'une expérimentation assez stricte sur le matériau phonologique et lexical, avec établissements de listes, etc.

    Le principe de cet ensemble est qu'organise chaque élément un univers, qui se traduit en une paradigmatique dont les signaux peuvent déclencher le déroutement du poème où ils interviennent. Cette logique « un mot / un univers phonique / des univers sémantiques » conduit l'improvisation.

    Pour « Rien » le traitement sériel est plus strict encore, mais cette rigueur n'a rien de paralysant, bien au contraire. « Rien » part de cet énoncé et de l'énonciation qu'elle implique, sa contradiction qui est qu'une fois « rien » énoncé, ce n'est pas « rien » qu'il y a mais quelque chose qui dit rien et quelqu'un qui dit cette chose. Alors, rien c'est quelque chose et plus je vais écrire rien et plus il y aura ce quelque chose.

    Jamais le poème n'est tant une chose que dans la répétitivité.
    Emergent dans la paralyssie syntaxique et lexicale les propriétés plastiques du poème.
    Il y a le livre « Rien » (perdu). Le poème « Rien » en cours. Ses dérives. Vers le plastique, d'abord. Vers le drame, également. Un drame qui balbutie : il est question d'un citron dans une assiette qui tremble dans le wagon d'un train qui traverse une plaine. Le ridicule de la situation (lettres exorbitantes du mot « rien » est exploité : « ça bout / des pates en lettres ».
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    question bete

    Message  Del'Ile le Lun 29 Aoû 2005 - 19:39

    peut-on veritablement developer les univers semantiques comme des univers phoniques
    les mots s'agencent-ils comme les sons dans un arc en ciel plein et nuance, sans trou
    ou bien sont-ils plutot comme des caillous dans la riviere des origines
    longtemps polis par les courants
    si eloignes les uns des autres que leur simple rencontre est deja un miracle ?
    Peuvent-ils vraiment crescender decrescender, peut-on changer leurs modes et leurs texture aussi exhaustivement qu'on peut le faire avec les sons ?
    Certes non ! chaque mot est deja un long poeme (l'ethymologie n'est-elle pas une science ravissante?)
    l'artiste n'en saurait tailler la forme :
    il ne peut qu'ouvrir le vide ou il s'allongera
    humblement creer le silence entre les qutre coins blancs
    d'une feuille - n'est-ce pas ?
    rayonnant et terrible

    Gilles
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    Re: question bete

    Message  Gilles le Mar 30 Aoû 2005 - 21:41

    Del'Ile a écrit:les mots […] sont-ils […] si eloignes les uns des autres que leur simple rencontre est deja un miracle ?
    Je sens que nous allons avoir bien du plaisir à être en désaccord ! Déjà que tu ne places pas les accents sur les mots… mais bon. Sur le fond, je crains le cratylisme par-dessus tout.
     
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    Re: Synthèse des structures sérielles

    Message  Irpli le Jeu 1 Sep 2005 - 16:14

    "Peut-on veritablement develpoper les univers semantiques comme des univers phoniques" ?
    Si tu entends phonique au sens de sonore, c'est-à-dire de musical - ce sont des univers inconciliables, à mon avis. Mais le phonique, c'est ici la matière dont est fait le langage. Saussure comparait le signifiant et le signifié aux deux faces d'une feuille de papier, qu'on ne peut séparer.
    La poésie aujourd'hui ne peut plus se contenter de la vieille notion de rime en fin de vers. La rime est partout dans le vers. Comment procède-t-elle ?

    "Avec l'arc noir" est une tentative - notamment - autour du mot "arc" et du groupe phonique "a/r/k - a/r/ch". De cette racine dérive un certain nombre de mots - réalités qui sont autant de figures qui vont se développer et se croiser dans le poème.

    Mais traiter des sons de la langue comme de ceux de la musique, c'est - au mieux - réussir un exercice de style. Ce n'est pas très intéressant. Il est plus fécond je crois de tenter de comprendre comment le son fait le sens.
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    no comprende

    Message  Del'Ile le Jeu 1 Sep 2005 - 20:12

    Je n'ai pas d'accent sur mes mots mots car il n'y en a pas sur le clavier hollandais que j'utilise -- suis-je si incompris pour autant ?
    Tu parlais, Gilles, d'un desaccord -- mais lequel au juste ?
    Et une definition pour "cratylisme" donnerais-tu a mon ignorance ?

    Merci pascal pour me repondre au plus juste -- tu as apaise mes craintes...


    "Arg"
    ultime tension
    arc sonore qui designe
    la surprise metaphysique qui fige
    le visage a l'instant peut-etre souriant ou
    tout autre, brule par des eternites dilatees a l'extreme
    des arcs aussi, des univers ou tu fondras avec tes fleches d'or ou
    de fumee musquees de seductions mutilees qui deviennent des sons dessines
    Arg au parc des ames marquees du sceau vivant de l'animal
    affame, se repaissant infatigable de ses spirituelles
    chairs arqueboutees comme a la guerre
    de feu demain aux portes des
    paradis ineluctables
    "Arg"
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    Re: Synthèse des structures sérielles

    Message  Irpli le Ven 2 Sep 2005 - 3:05

    Pas mal, "arg"... Je n'y avais pas pensé.

    Je précède Gilles. Le cratylisme consiste à croire que les mots imitent les choses. "Le Cratyle", c'est un dialogue de Platon. Certains pensent encore que l'anglais est une langue efficace parce que les mots ressemblent à ce qu'ils décrivent : par ex. "crash" (s'écraser) imite le bruit de la chose qui s'écrase. Au XVIIe siècle, un auteur avait élaboré toute une étymologie sur cette base. Par ex. "manger" imiterait le bruit des mandibules qui font "mj mj mj mj" quand tu manges, etc.

    Ceci dit, les désaccords sont
    ce qu'il y a de plus fécond.
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    Indices

    Message  Del'Ile le Sam 3 Sep 2005 - 20:42

    Le desaccord oui, mais encore faut-il s'accorder a le reconnaitre !

    Mon gout pour l'ethymilogie m'ecarte necessairement du cratylisme -- bien qu'une certaine sagesse puisse s'attacher a l'ignorance totale de l'orthographe : Genet n'y comprenait goutte, ce qui n'a pas fait perdre un pied a ses immortels vers...

    Comme il est doux, "fecond", de converser avec un sourd, ou avec un etranger, et de realiser la comprehension mutuelle par l'imitation improvisee -- on est parfois surpris, emerveille meme, par la fluidite de tels debats (ou la telepathie n'est pas pour rien)

    La poesie n'est-elle pas une reinvention arbitraire du langage, un retour au creuset d'ou il a jailli ou le sens continue de gargariser ses chaleurs intouchables

    Je trouve formidable de n'avoir pas d'accent
    c'est comm si j'apprenais a parler sans dent

    +++++++++++

    Il est formidable aussi de parler sans etre reconnu
    de rester mysterieux dans son ile
    de s'insinuer dans les societes distantes
    et d'y planter des indices : en voila un
    Je suis l'exile de l'ile au pins, ou Tanit, la Deesse-Maquerelle
    Offrait aux jeunes fiances des nymphes aux formes parfaites
    de sorte que, hilare et ivre de sperme, elle
    couvrait le monde de vierges eplorees
    Devinez-vous ?

    ++++++++++++

    Fecond -- est-ce un terme acceptable au poete ?
    Tout doit avoir paternite dans ce monde : c'est un fait etabli
    Mais je doute que la poesie qui traverse l'oeuvre de tel ou tel puisse
    lui etre accorde comme l'encre qu'il a utilise pour l'aprivoiser
    La poesie germe-t-elle, nait-elle, n'est-elle pas la trame meme
    "Deesse et immortelle" de ce monde ou "le poete"
    Creuse des lits pour qu'elle couche
    le reflet d'une etoile mineralise
    en un diamant cache
    incognito dans un livre ?

    ++++++++++++++

    J'ai passe la plus belle de nuits -- dans les bras de mom homme j'etais
    un lutin a lutiner une bouche a boucher un oeuil a regarder un rayon
    de lumiere enculable a merci et pourtant sa main
    a chaque instant se faisait plus douce moins
    insistante les superflues emphases debouchent
    sur des super-flux en phases immobiles
    vibrant a l'extreme comme des arcs entrelaces
    Sur la falaise sous un arbre, quand l'aurore denude
    la couleur de l'iris dilatee le plaisir authentique emerge
    comme le souffle d'eau de la baleine blanche
    sur une surface uniforme et hostile l'amour
    est une fontaine chaque fois neuve

    +++++++++++++++++

    Dites-moi sans fard Pascal, Longavida, Gilles et Tuttiquanti
    Suis-je hors sujet dans cette
    synthese des structures serielles ?

    J'avoue : vil je profite de ces hauts debats
    pour glisser les indices d'un jeu de masques enfantins
    ma grimace resonne deja peut-etre a vos zieuz'oreilles
    ma glotte est tapisse de vos mots
    je suis... je suis...?

    +++++++++++++++++

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    Re: Synthèse des structures sérielles

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