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Notes pour une archéologie du signifiant fr série


    arbre x falaise

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    arbre x falaise

    Message  Irpli le Lun 8 Aoû 2005 - 2:47

    La proposition arbre x falaise trouve deux applications distinctes :

    - le rêve
    - l'image poétique

    La structure arbre x falaise est permanente dans le rêve et s'applique aux choses comme aux êtres, aux idées comme aux lieux.

    Ce qu'on croise, dans arbre x falaise, ce ne sont pas deux mots mais deux séries.

    La proposition arbre x falaise prend appui sur la notion d'image, dans le sens que lui donnent Reverdy et Breton : "rencontre de deux réalités plus ou moins éloignées".

    Mais on ne mesure pas l'étincelle produite à l'aune de l'éloignement. L'impact de la rencontre est lié à l'ordre des séries, plutôt, sous-jacentes à chacune des "réalités" en présence. C'est cette structure sérielle de l'image que nous envisageons sous le titre de proposition "arbre x falaise". Un ordre dans lequel nous n'aurons aucune "mesure" mais des MARQUES.
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    Re: arbre x falaise

    Message  llongavidda le Sam 13 Aoû 2005 - 16:52

    Donc toutes les images de la production surréaliste est d'ordre sériel ?
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    Re: arbre x falaise

    Message  Irpli le Dim 14 Aoû 2005 - 10:40

    Disons plutôt que l'approche sérielle permet d'appréhender le poème surréaliste (comme les autres formes poétiques, d'ailleurs).
    La comparaison entre surréalisme et sérialisme est tentante : n'y a-t-il pas une analogie remarquable entre la recherche d'une musique émancipée de tout centre tonal et la revendication d'une image poétique délivrée de la relation comparant / comparé ?
    L'image surréaliste est une image excentrée, si on la compare à l'image aristotélicienne. Le comparé serait l'équivalent de la "tonalité" neutralisée par la technique dodécaphonique.

    Le rapprochement est imparfait pourtant parce qu'André Breton s'arrête sur "l'étincelle" provoquée par l'image, le "stupéfiant image". L'outil reste insuffisant en elle-même à mon avis, parce qu'il borne l'analyse à des effets locaux, à la "rencontre de deux réalités".
    La cohésion n'a pas sa place dans cette notion de l'image car c'est le choc immédiat qui est recherché et pensé. La réalité de l'image est plus complexe : elle se ramifie.

    C'est à ce point qu'intervient le sérialisme. Le modèle le plus simple d'une ramification de l'image, c'est la très classique "métaphore filée". Mettons, sur la formule "soir = mort du jour" :

    "Le soir agonisait dans un immense bain de sang. Mon oeil baignait dans ces immenses flaques rouges qui envahissaient progressivement le ciel. Le vent faisait entendre un souffle irrégulier, le dernier râle du jour finissant".

    Nous avons bien deux séries de termes parallèles (le soir / la mort) qui irriguent le texte (fabriqué ad hoc, il est vrai) ; le parallélisme même garantit la cohérence du texte. Si je prends au contraire des vers tels que

    "la Terre est bleue comme une orange". (Eluard)
    "Les chiens rongent les angles. Nous aussi".(Char)

    Ce n'est pas le choc des réalités qui me semble à la source de l'effet produit par ces vers, mais un "effet de séries" tel que les termes présents et / ou absents se constituent en séries incomplètes, "défectives" : Terre / (ronde) / orange + "bleu / orange" + "Terre / bleu / (mer)" pour le poème de Paul Eluard.
    Les éléments s'associent, les associations d'idées s'enchaînent sans jamais former une totalité complète. L'étincelle est fonction des croisements de séries.
    L'exemple de Char est plus remarquable encore : "chiens / rongent / (os)" ; "(arrondir) / angles", "chiens / nous" ; "rongent les angles / (se ronger les ongles)." C'est tout un prisme de relations qui nait 1) de la proposition initiale ; 2) de l'identification énoncée en clausule. Ces relations sont à jamais irrésolues et ne forment pas une idée complète. Leur compréhension est du même ordre que de "comprendre la vie" : soit quelque chose qu'on ne finit jamais.
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    Re: arbre x falaise

    Message  llongavidda le Lun 15 Aoû 2005 - 15:51

    pascal a écrit:quelque chose qu'on ne finit jamais.

    Comme l'amour qui conduit...
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    Re: arbre x falaise

    Message  Irpli le Lun 15 Aoû 2005 - 17:10

    Oui !
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    Re: arbre x falaise

    Message  Irpli le Mar 16 Aoû 2005 - 15:56

    Les auteurs du Cantique des quantiques (S. Ortolli et J.P. Pharabod, éditions La Découverte) reprennent une image d'André Breton, le poisson soluble, pour expliquer les problèmes posés par la théorie des quantas.
    Avant d'être pêché, disent les auteurs, le poisson n'est qu'une potentialité de poisson. Un poisson dans une mare n'étant qu'une potentialité de poisson, plus ou moins probablement présent à tous les endroits de la mare.
    Si l'on jette deux poissons dans une mare, poursuivent les auteurs, on obtiendra une monstrueuse combinaison de deux poissons solubles, qui ne font plus qu'un être innommable.
    Dire : « Ce pourrait être un arbre ou une falaise », c'est obtenir

    arbre x falaise

    c'est-à-dire : un seul être potentiel et qui possède toutes les qualités de l'un et l'autre éléments.

    Nous avons une image quantique.

    (1995, 95 Notes d'avec l'arc noir)
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    Re: arbre x falaise

    Message  llongavidda le Jeu 18 Aoû 2005 - 17:22

    Cela me rappelle un cours de linguitique sur les démonstratifs à trois termes en espagnol : le professeur essayait de nous faire sentir la valeur du troisième terme qui s'oppose aux deux premiers : qu'est ce qui n'est ni ici ("aquí") ni là ("allá")... La morphologie n'expliquait pas tout et comme il aimait la philosophie, il prit la bouteille d'eau d'un étudiant et la fiole de blanc d'un autre et demanda :
    Qu'entraîne la comparaison de ces deux bouteilles ?
    Un silence écrasant finit de réduire en poussière le fil conducteur du cours.
    Pour cesser ce carnage, je dis
    L'existence d'une troisième bouteille, abstraite, faite des qualités réunies communes à l'une et l'autre bouteille.
    Il dit alors : Voilà, "ahí" c'est ça.

    S'il avait dit qu'ahí était un démonstratif soluble, ça aurait été plus rapide...
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    Re: arbre x falaise

    Message  Irpli le Ven 19 Aoû 2005 - 7:09

    Merci pour cette note ! Elle relève effectivement du même ordre de choses... si l'on peut dire ainsi ("ordre de choses").

    La formule "arbre fois falaise" entraîne une réalité soluble. Nous obtenons un "résultat" = potentialité de arbre x falaise". Ce qui implique une masse confuse, un "noyau infracassable de nuit" (pour reprendre une autre image de Breton) d'où jaillit le résultat (les manistations, préhensibles comme autant de "séries".

    Cela dit, les termes que nous avançons recèlent une contradiction : la muliplication est l'opération décritre mais elle conduit à une abstraction de l'un et l'autre termes - donc à une réduction de l'un par l'autre (l'abstraction).

    La métaphore aristotélienne revêt cet aspect : le soir = mort du jour va procéder d'un dénominateur commun (la finitude) pour associer les deux séries (mort des êtres et fin du jour).

    La métaphore surréaliste procède d'un négatif de dénominateur commun. Le noyau existe puique l'image commande l'intégration réciproque de deux séries ou plus. Mais ce noyau n'est pas déterminé par une réalité référencée. Un animal mythique comme la licorne est, d'une certaine façon, une métaphore surréaliste.

    Mais l'image de la licorne est visuelle et ce caractère visible ne rend pas compte du "noyau de nuit" qui cercle l'image linguistique. Nuit qui est celle de la "potentialité" même c'est-à-dire, de cette dimension abstraite du signifiant qui en autorise la description par l'ensemble de ses paradigmes et qui permet sa multiplication par d'autres signifiants, sur la base de ces mêmes paradigmes.

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