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Notes pour une archéologie du signifiant fr série


    triptyque: rien

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    ireine
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    Re: triptyque: rien

    Message  ireine le Mar 7 Mar 2006 - 15:12

    C'est bien vu cette histoire de voyelles. Ca m'a rappelé un ami qui me disait que j'écrivais dans "l'exactitude humide".

    En m'amusant, je me suis dit qu'on pourrait imaginer un logiciel qui étudierait le rapport voyelles/consonnes dans un texte poétique. Et le lier avec tout le reste: le sujet, l'auteur, le thème.
    Merci aussi pour le"Cantique des cantiques", je viens de retrouver l'image des troupeaux glissants, et il me semble que tu rassembles ainsi le poème entier, avec ses trois volets.
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    Del'Ile
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    Re: triptyque: rien

    Message  Del'Ile le Lun 6 Mar 2006 - 8:31

    C'est vrai que "droit" est très réussi -- des trois il me touche plus, plus tangible peut-être, plus saisissable dans son émotion -- il est si vrai (et serait-ce un des thèmes de ce poème?), qu'il faut parfois aller à gauche et au centre pour au final filer droit, vers l'autre, vers le poème où même vers l'amour.

    Est-ce une référence au Cantique des Cantiques ce
    "Tu es comme une foule, venant de l'autre côté"
    en tout cas ça m'a fait un frisson

    Comprendre la poésie, ce n'est que chercher à la comprendre, et surtout avec le coeur, le sexe et les oreilles, un poète ce n'est que ça peut-être avec une langue -- mais surout rien d'autre, si possible.

    Vidda Llonga a bien raison, c'est très agréable, cette circonspection, cet air parfumé qui se glisse entre les vers -- as-tu remarqué, il y a plus de voyelles que de consonnes dans tes poèmes, ce qui lui donne cet aspect féminin mais ambigu, comme une voix femelle et rauque, comme celle de Jeanne Moreau si tu vois ce que je veux dire, une voix pleine d'air.

    A vous lire, Majesté !

    ireine
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    Autoportrait au train corail

    Message  ireine le Sam 25 Fév 2006 - 13:55

    Premier jour dans les gares,
    retour dans les limbes, les pigeons posés sur le toit
    les poutrelles
    Dans la lumière atténuée
    tu n'arrives plus à t'abstraire.

    Peut-être la vitre te renvoie
    trop nettement
    le reflet de ta main

    et du carnet du stylo,
    alors tu ne parviens pas à partir.
    Glissant le long des tags,
    des coquelicots sur le ballast
    tu vois que le monde est beau, éternel

    mais,
    aujourd'hui,
    pas toi.
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    Re: triptyque: rien

    Message  Irpli le Mer 22 Fév 2006 - 17:40

    A David. L'avais-je émis ?


    vers x traversée = tracé
    donc

    les lignes
    dans le ciel

    donc les avions

    et donc le doigt qui pointe
    le trait dans le ciel

    la traversée
    du ciel
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    Re: triptyque: rien

    Message  llongavidda le Mer 22 Fév 2006 - 17:15

    pascal a écrit:"La poésie part en voyage" [...] dans un rapport à l'espace où il est moins question d'atteindre que de rencontrer.

    comme disait l'autre qu'il a écrit:Vers.

    Traversée dont le but n’est pas un objet à atteindre mais
    La conquête de n’avoir rien à attendre de la traversée.

    "Atteindre" : le terme et la notion sont acceptables.
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    Re: triptyque: rien

    Message  Irpli le Sam 11 Fév 2006 - 9:18

    En une fraction de seconde, oui.

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    Re: triptyque: rien

    Message  ireine le Sam 11 Fév 2006 - 8:21

    Il y a un moment très particulier dans le voyage, et très proche de l'émotion poétique pour moi:
    après avoir (longtemps) imaginé le lieu qu'on allait découvrir, l'inconnu, le mystère, l'exotique anticipé par tous les récits qu'on a pu en entendre ou en lire
    après avoir passé la première journée de déception, où la réalité se montre généralement contrariante et sale, prosaïque, vulgaire et très peu différente de ce qu'on connaît déja jusqu'à la nausée, où on est stupide
    vient le moment où les deux images se superposent , se fondent, et alors on atteint un sentiment pour moi tout à fait poétique, qui est unifié: le sentiment que la réalité seule est belle, telle qu'elle est. Qu'on la touche, qu'on la voit, et qu'elle reste inconnue. Un espace indéfiniment nouveau, à parcourir.
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    Re: triptyque: rien

    Message  Irpli le Sam 11 Fév 2006 - 5:03

    Sympa, comme définition. Mais je ne sais pas si elle "atteint" son objet... Je remplacerai bien la deuxième phrase par : "La poésie part en voyage", ce qui semble n'avoir que peu à voir mais enfin, si ; dans un rapport à l'espace où il est moins question d'atteindre que de rencontrer.

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    Re: triptyque: rien

    Message  ireine le Sam 11 Fév 2006 - 4:50

    merci llongavidda.
    Il y a un philosophe dont j'ai oublié le nom (c'est habituel chez moi), qui disait: "la philosophie définit son objet mais ne l'atteint pas; la poésie ne définit pas son objet mais l'atteint".
    Et il n'y a pas longtemps que j'ai découvert ce que peut donner une ponctuation plus libre.
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    Re: triptyque: rien

    Message  llongavidda le Ven 10 Fév 2006 - 17:27

    ireine a écrit:J'essaie de comprendre ce qu'est la poésie.
    Apparemment, tu le comprends déjà... !

    D'accord avec Théagène : "volatile" (c'est ça qu'est bien avec les poètes, ils ont souvent le bon mot... sinon le dernier)
    Cette prosodie à la ponctuation indépendante de la syntaxe et
    Aux phrases en suspens dans l'espace large des vers
    Aux longueurs inquantifiables... voilà ce que je retiens
    Vaguement puisque c'est beau : un rythme dont on ne voit pas les effets, et ça,
    Cette discrétion, c'est vraiment très agréable.

    A part ça, bienvenue à toi
    et ta brise fraîche !
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    Re: triptyque: rien

    Message  Irpli le Ven 10 Fév 2006 - 15:39

    Bon courage !

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    Re: triptyque: rien

    Message  ireine le Ven 10 Fév 2006 - 13:21

    merci Théagène,

    Oui, je suis une femme, et ce poème est très féminin, bien sûr. Il me semble que ce que tu veux dire par "léger", c'est qu'il ne se répand pas. L'adjectif "volatil" est bien intéressant du coup. Il ne s'agit pas seulement de contenir, mais aussi d'évaporer.

    Moi, c'est avec la poésie de style classique que je dois me faire un peu violence. Mais c'est pour ça que je viens ici, chercher des choses différentes.
    J'essaie de comprendre ce qu'est la poésie.
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    Re: triptyque: rien

    Message  Théagène le Ven 10 Fév 2006 - 11:55

    C'est vrai que c'est beau (je développe pas, j'en suis incapable... Moi, tu sais, les vers en prose, çà dépasse un peu mon entendement... Mais j'y ai vu plein de jolies images, d'émotions contenues, de légèreté (dans le sens volatile), d'ailleurs ce mot est bien... "volatile"... Il faut que je songe à le caser quelque part... Sinon, c'est trés féminin. Es-tu vraiment une femme? Non, parce que je me suis déjà trompé par le passé, je voudrais pas que çà m'arrive encore... Y'a plein de couleurs et de mouvement. Même quand les mots sont plutôt graves, çà reste léger... Bravo.)!

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    Re: triptyque: rien

    Message  ireine le Ven 10 Fév 2006 - 4:15

    merci,

    oui, un voyage, et je crois pour moi sous l'eau: on n'y voit pas très clair, on entend autrement.
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    Re: triptyque: rien

    Message  Irpli le Jeu 9 Fév 2006 - 20:55

    Bienvenue Ireine.
    Et merci d'avoir déposé ici tes poèmes. Ils sont très réussi, le dernier, "droit", est un envoûtement à lui seul. La poésie est un voyage pae eau ?

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    triptyque: rien

    Message  ireine le Jeu 9 Fév 2006 - 19:56

    gauche

    parfois s’ouvrir, comme une écaille, dans l’odeur des mains
    vraiment,
    avec les os, les lumières,
    en franges d’un bleu pers, cils baissés, violets
    et taches d’ocres

    dans le silence coulant d’une main
    dans l’eau
    et sous la frange inférieure des arbres et leur ombre

    se voir maintenant détaché suivant le plan
    montant et descendant des marées, je suis sur la plate-forme, perlée de vase.
    Ouverte comme un œil, béant, un liquide comme un œil ouvert sur un dieu obscur
    oubli d’un monstre, petite,
    cellule

    dans l’œil du jour
    ayant renoncé aux os et aux coques, on voit bien clair tout ce qu’on a évité, perdu, raté. on voit
    ce qu’on ne jamais voyait, avant
    Comme couler
    des paumes
    du bord des pensées et des rives pour s’abstraire.

    Comme être un enfant sous le ciel
    des pays durs.





    centre




    Quelque chose passe au bord des cimetières, que les enfants sentent.
    Petits jeux, les pas sur le trajet, le bord du trottoir, où se tient un homme haut et la lumière du soir glissant sur ses lunettes, cache ses yeux. les
    petits enfants n’ont pas de temps à perdre, un pied en haut
    l’autre dans le caniveau mouillé
    ils arrachent en passant un bout de

    et passent
    le regard entre deux grilles, passent leurs joues entre le froid des grilles de fer, l’eau
    coulant sur les tiges noires l’homme pivote sur ses jambes, ne regarde
    Rien
    C’est dur d’écrire rien
    ce qui stagne
    au bord des grilles, sous les pointes, le long du ciment des tombes
    le long des rameaux vides, des arbres nus, de l’écorce qu’on ne regarde pas,
    derrière les lunettes (une seconde marquées d’or).

    les enfants s’arrêtent
    quand même parlent, et partent.




    droit



    Détruire puis passer

    on va, les yeux pris dans la beauté des lumières, dans le ciel étendu comme une tapisserie, pendue, on a les yeux pris dans les arbres, leurs tiges fines, leurs rangées, comme foules debout sur les bords de l’horizon. leur immobilité.
    Je te reprends toujours le long de la même route, courant sur la plaine, sur ce qu’est
    l’échange.

    Tu es comme une foule, venant depuis l’autre côté,
    dans des ondulations. passant le seuil

    martelant,
    une pluie dans la véranda et le cours du temps les heurts
    tu
    t’introduis

    dans ce qu'on cherche dans
    l’impression d’être couché sur le flanc. un navire s’étend dans le lit des sables un navire étend ses jambes dans son sommeil il laisse entrer
    dans chaque pertuis marqué de rouille (longue trace verticale, roux sur fond gris)
    le plasma des eaux
    pose une main sur sa coque lasse.

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    Re: triptyque: rien

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