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Notes pour une archéologie du signifiant fr série


    forêts

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    ireine
    seriinii

    Nombre de messages : 54
    série topographique : http://claireceira.leforumbleu.net/ ; http://demeuresquonnepossedepas.blogspot.com/
    Date d'inscription : 04/02/2006

    forêts

    Message  ireine le Mer 15 Mar 2006 - 15:50

    voix dans la forêt

    il faut attendre
    assis dans les feuilles, là où ça se touche la fin du soir

    la voix monte de l’autre côté du bois. Mais là
    c'est
    ce n’est plus parallèle
    deux taches dans l’herbe
    presque mélangées.

    J’attends, j’ai tenu
    tant que je pouvais la note finale,
    le soir pèse lourd et l’air ne la porte plus, garde
    un peu de réserve pour appuyer
    sur la syllabe.
    Si tu vas plus loin si tu ne t’assieds pas tu verras
    l’endroit où l’ombre est plus pâle, où aucune maison ne serait construite
    sur le bord de la clairière tu étendras
    une robe vide.

    Je suis l’esprit qui parle de l’autre côté du bois, je suis
    du côté des mauvais de ceux qu’on tordait

    tout petits.

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    forêt au sol rouge


    Le sol est rouge entre les fûts
    droits
    des arbres et sous les doigts des feuilles je ne vois pas plus loin que la crête perdue

    je tourne, comme le bas des jupes, comme les bras
    quand on tourne sur soi, enroulez-vous
    bras allégés de toute charge
    il n’y a qu’a cueillir recueillir les petites taches
    de lumière bleue

    je descends
    vers
    le
    sol, rouge comme un mur de brique, l’herbe des rêves
    je me plie et mets un peu
    de feu dans les feuilles sèches.
    Esprit
    qui brûles le soir dans les bois -
    qu’on touche parfois des doigts qu’on voudrait
    captif dans les paumes,
    esprit
    c’est seule toujours qu’on t’entend.

    Lui est debout, déhanché - au - bord - des -
    bois, il laisse sur le sol
    le fer l’acier, et réfléchit
    lumière - comme on n’entend pas.
    Comme il faudrait qu’il t'entende, esprit dédié aux femmes
    mais je suis bien,
    seule, ici, petite, courant et pas tout à fait perdue.

    je tiens une lumière dans mes mains, je fais cuire mes doigts pour toi.

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    forêt sous la lune

    A la lumière de la lune, maison et sa cheminée
    cernée d’herbe noire et de rameaux divisés
    à la lumière des peurs
    brille la petite barrière pâle

    J’y entre sans peser sur le seuil, toute clé toute serrure
    coulant, comme l’eau sous les
    mains
    J’ai franchi d’un saut le seuil et l’effroi.

    rien ne bouge,
    rien n’est vivant sinon, vaguement mouvant rien n’est
    habituel, ou convenu.

    Je pose sur ta table
    mes questions
    et tu n’as pas la parole, Animal
    tu ne sais
    plus rien, sauf manger mourir.


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    forêt ouverte

    soudain la lumière baisse
    dans la forêt
    dans le rond de la clairière.

    un acte suspendu en plein milieu, qu’on ne peut pas voir.
    C’est le halo de cet acte,
    évidé
    qui fait tourner ainsi la lumière
    comme une ombre d’éclipse
    en croissant.

    et dans cette lumière d’ombre elle soudain se lève, jette les fleurs et
    c’est ce qui sert de signal à la forêt
    Pour s’ouvrir
    devant elle, devant ses pas, portant en elle l’animal.
    Il est tout en bas de moi, dit-elle, il m’empêche de marcher.
    il est très petit, il voyage dans les gorges, dans les voix.
    il me frappe d’un éventail derrière les genoux et répond aux questions que je posais

    à celle qu’ il a maintenant mangée, désertée
    c’est en lui que je te rejoins enfin, Mère Grande.

    Il y a un grand trou dans la digue
    des arbres, au bout de la clairière
    une armée d’arbres s’ouvre et se fend
    une allée – et c’est tout droit elle ne le croyait pas
    c’est là
    que ça va
    vers le lit genoux relevés où elle attend toujours,
    et lui assis à l’intérieur d’elle, avec sa science en lampe sourde
    des yeux comme du laiton dans la lumière lunaire,
    avec ses poils tout autour de la gueule et des oreilles et des yeux et des dents
    de scie
    il les portera, toutes deux au chaud, noir parfait,
    il portera leurs questions, dans ses réponses.

    Et puis la mort accouchera tout ça.

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    la forêt demain

    Il faut traverser la nuit. se préparer.

    C’est un long conduit qui pousse vers quelque chose, comme si un long tuyau traversait la forêt
    la nuit. quelque chose de gris. On rame
    à l’intérieur des cauchemars mais il faut aller
    « il faut »

    Pourtant l’instant d’avant on était assis au bord du monde, les pieds pendants les yeux lisant les buées sur l’horizon sur la cathédrale,
    blanche comme un os.

    « Ramenez »
    on ramène
    de là
    sur les épaules
    et c’est tellement lourd cette traversée
    de la forêt de la nuit des rêves
    morts-vivants en soi.
    elle le porte comme un ver,
    nu,
    le transporte de haut en bas dans les ogives, les dents des montagnes et les scies des pôles
    le porte avec ce
    dont jamais on n’a été sevré, un lait rouge un disque cuivré.

    marchant malgré tout
    sur l’ogive de ses jambes.
    dans la forêt.

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